Refaire sa cuisine

par Mathieu Ouellet    |    1er octobre 2007 à 11:13

Préambule : N’ayez aucune crainte, cet article n’a pas été diffusé dans la revue Ma maison.

Depuis quelques semaines, nous planifions la rénovation de la cuisine de notre condo. Nous prévoyons vendre éventuellement alors pourquoi ne pas le mettre en valeur.

Les pièces du casse-tête les plus importantes dans la rénovation d’une cuisine : les fameuses armoires. Je les veux tendances, elle les veut passe-partout (il ne faut pas oublier que c’est pour revendre). Je les veux peu dispendieuses, elle également mais privilégie la qualité. Ce n’est pas nouveau, lorsqu’il y a plus qu’un individu impliqué le processus d’achat devient doublement plus complexe. Lorsqu’il s’agit d’un couple, ce l’est triplement! Nous avons tout de même statué sur un critère fondamental :

Le retour sur l’investissement doit être significatif!
Est-ce que, monétairement, l’augmentation de la valeur du condo est substantielle? Est-ce que les améliorations nous permettent de vendre plus rapidement?
Bref, est-ce que ces investissements en efforts, en temps et en argent en valent la peine.

Considérant les différents facteurs influençant notre choix, plusieurs options se sont offertes à nous :

Construction et installation homemade
Avec beaucoup de temps, de volonté, d’efforts et de persévérance, c’est possible. Toutefois, il ne faut pas s’attendre à un résultat exceptionnel. Qualité très variable… et très loin de celle d’un professionnel.

Verdict : On oublie ça. Le coût des matériaux est raisonnable, mais le coût des outils est beaucoup trop élevé et le temps nécessaire, trop important. De plus, la qualité du résultat final n’a rien à voir avec le travail d’un pro. Bref, c’est une très mauvaise idée, car le retour sur l’investissement est beaucoup trop faible.

Achat directement du fabricant ou d’une quincaillerie à grande surfaces.
C’est déjà mieux, car les modules sont déjà construits. Toutefois, je dois prendre mes mesures moi-même, vérifier la faisabilité et faire avec les contraintes de chacune des possibilités. Aussi, je dois m’informer sur les standards de l’industrie, la disponibilité des matériaux, m’approvisionner en pièces d’assemblage, louer/acheter les outils nécessaires et me débarasser des armoires actuelles. De façon individuelle, la pose de chacun des modules n’est peut-être pas si compliquée, mais faire en sorte que le résultat d’ensemble soit adéquat et satisfaisant, c’est autre chose.

D’un point de vue monétaire, je ferais de bonnes économies en matériel, mais il ne faut pas négliger le coût des pièces d’assemblage, de finition et des outils. De plus, c’est un projet qui prendrait plusieurs semaines pour quelqu’un qui n’est pas spécialiste.

Et le résultat dans tout ça? Il peut être très variable. Problème de “fitting”, finition imparfaite, matériel en mauvaise quantité, problème d’alignement des portes, instabilité de la surface et absorption des coûts reliés aux erreurs (bris de pièces, mauvaise découpe, etc) font partie des aspects négatifs de la chose.

En somme, beaucoup de travail, un coût correct et un résultat qui n’est pas parfait et qui ne permet pas d’obtenir de bons résultats auprès de nos acheteurs potentiels qui, eux, vont être déçus par les problèmes de qualité de la cuisine.

Accord d’un contrat à une entreprise spécialisée
Il n’y a pas de doute. C’est l’option qui est la plus dispendieuse. C’est l’expertise de la main d’oeuvre qui fera toute la différence. Les matériaux sont abordables, mais tous les efforts que vous sauverez en apprentissage, en planification, en aménagement, en installation, en ajustement et en finition (si vous avez encore de l’énergie), ça a un prix… celui d’un professionnel.

C’est cette option que l’on a retenu… mais il faut trouver LE professionnel en question.

Nous avons fait faire une soumission à deux fabricants/installeurs différents. Résultat? Le premier était 50% plus cher que le second. Nous avions une grande confiance envers le premier (nommons l’entreprise fabricant A), car l’évaluateur nous apparaîssait très compétent, nous avions de bonnes recommandations et son portfolio témoignait de la qualité de son travail. Le prix inférieur du second a toutefois remis en question notre choix. Que faire?

J’ai pris le téléphone et j’ai recontacté le fabricant A. Au téléphone, je lui explique la situation, le fait que nous avions confiance en lui, qu’on avait un bon “fit” et qu’on ne comprenait pas l’écart de prix. On s’entend que je lui téléphonais pour négocier son prix. À ma grande surprise, il me détaille le coût de ses matériaux, le coût de sa main d’oeuvre et la part qu’il se garde. Il m’informe qu’il n’est pas négociable. Il insiste sur le fait qu’il offre un service de grande qualité, qu’il garantit son travail, que les matériaux utilisés sont adéquats et parfaitement assemblés et qu’ils en font plus que la concurrence, mais qu’il est difficile d’expliquer chaque petit détail. Il me dit que je suis libre de choisir le Fabricant B, mais il me suggère de valider la qualité de l’autre fournisseur.

Déçu. Je raccroche. J’avais un très bon feeling sur cette entreprise et je m’aperçois qu’il ne négocie pas ses prix.

À bien y penser, s’il avait accepté de baisser son prix de 2000$, par exemple, qu’aurais-je dû comprendre? Qu’il avait *beaucoup de marge* et que je m’aurais fait avoir si je n’avais pas négocié. Quel signal cela me lance-t-il? Je suis peut-être satisfait de mon nouveau prix, mais qu’en est-il de la relation fournisseur-client?

En continuant à y réfléchir, s’il me charge plus cher, j’imagine qu’il y a une raison et soudainement j’ai un flash : Dans le cadre de mon travail, c’est exactement la même situation. La qualité du travail que l’on réalise pour nos clients se perçoit en partie par celui-ci, mais il y a un paquet de petites choses que l’on fait sans qu’il s’en aperçoive et qui ont une très grande valeur (optimisation pour les moteurs de recherche, flexibilité du CMS, qualité du service-conseil, validité du code, etc.).

C’est ainsi que nous avons finalement choisi le Fabricant A.

Quelques jours plus tard, l’évaluateur A est revenu prendre les mesures officielles. Avant de signer, il a pris le temps de nous faire le détail de ce qui était inclus. Il a proposé de faire plusieurs petits ajouts intéressants et pertinents que nous n’avions pas demandés afin de rendre la cuisine beaucoup plus fonctionnelle et plus attrayante visuellement. Restait à savoir de combien le budget serait augmenté. Surprise, c’était inclus. “Ça fait partie de ce qui nous différencie : La qualité, le service-conseil et les petits extras favorisant la fonctionnalité de la pièce et le look final.” - l’évaluateur.

C’est la même chose pour votre site web…

Un studio de développement Web professionnel fera un bien meilleur travail que vous ou vos employés. Nous ne ferions pas votre travail aussi bien que vous alors pourquoi feriez-vous le nôtre! ; )

Quant à savoir quel fabricant choisir, à vous de voir en qui vous avez le plus confiance et, surtout, qui vous donnera un meilleur retour sur l’investissement.


11 commentaires en réponse à ce billet

dan_p 2 octobre 2007 à 9:36

Belle métaphore. Je suis bien d’accord avec toi.

Dans la rénovation comme dans le web, tout comme pour différents autres domaines, on peut souvent faire le travail soi-même… mais avec le résultat qui va avec. Personnellemen, je crois que le produit fini sera toujours milleur lorsque la job est faite par des spécialistes.

Toutefois, le spécialiste qui vous conviennt et fera le meilleur travail n’est pas nécessairement le + cher. Mais ça, c’est à vous de le trouver par des recherches qui vous au delà du prix demandé.

Luc 3 octobre 2007 à 10:31

Intéressant… mais c’est une réflexion un peu défaitiste. Tu ne penses pas que tu aurais appris beaucoup en fesant le travail toi même. Bon, t’aurais pu te donner un coup de main en partant avec des caissons préfabriqués et t’aurais eu la finition à faire. Ca aurait été un peu plus long, mais si tu es perfectionniste un peu, t’aurais pas laissé le travail fait à moitié et le travail aurait été réussi même dans les détails. Et au bout du compte, vos acheteurs potentiels n’aurait pas vu la différence, à moins d’être des constructeurs eux-même…
Même chose avec le web et les CMS;)

Mathieu Ouellet 3 octobre 2007 à 13:13

dan_p, effectivement les meilleurs ne sont pas nécessairement les plus chers, d’où l’importance de se pencher sur leurs façons de faire, leur portfolio, etc.

Luc, je suis d’accord avec toi qu’avec *beaucoup* d’efforts, j’aurais pu atteindre un résultat intéressant. Toutefois, je le redis, c’est beaucoup d’efforts et, bien honnêtement, à moins d’avoir de très très fortes aptitudes et du temps à y investir ($), je ne vois pas comment j’aurais pu arriver à un travail d’aussi grande qualité.

Prenons l’exemple inverse, je suis certain que j’arriverais à opérer l’imprimante dont tu es le responsable dans ton entreprise, mais est-ce qu’au final j’arriverais à la calibrer et à livrer un produit d’aussi grande qualité que tu le fais… j’en doute. ; )

Luc 3 octobre 2007 à 19:12

Eh ben, tu te trompes! La presse que j’opère peut effectivement être opérée par à peu prêt n’importe qui. Une simple formation d’une semaine et c’est parti. Là où ca prends un professionnel, c’est pour préparer les fichiers… mais les imprimer : facile!
Et je crois que tu te trompes aussi quand tu dis que ca te prendrais *beaucoup* d’efforts. L’as-tu déjà essayé? C’est peut-être plus simple que tu ne le crois. Tu as peut-être des aptitudes en menuiserie et tu le sais pas.
Ce que j’essaie de te faire comprendre, c’est qu’avec une bonne base fait par des pros (en web ou en menuiserie, ca s’applique), quelqu’un de moindrement débrouillard et talentueux peut arriver à des résultats. Mais il faut une certaine volonté et croire en ses connaissances.
Quand tu changes les couleurs d’une pièce de ton condo, tu le fais toi même ou tu le fais faire par un peintre? La base est déjà en place… tu peux bien t’en sortir seul n’est-ce pas?

Mathieu Ouellet 3 octobre 2007 à 19:49

Luc, tu devras m’expliquer en privé pourquoi ton patron te paye aussi bien pour opérer cette machine si tout le monde peut le faire. ; ) (sans racune!)

Si je comprends bien, ce que tu veux dire c’est que quelqu’un qui veut le faire peut développer un site Web lui-même pour son entreprise. Je suis d’accord avec toi sur ce point dans l’optique où les résultats obtenus dépendront des habiletés de cette personne, de ses connaissances, des ses aptitudes à apprendre, etc. Je sais que tu es quelqu’un de très débrouillard qui pourra arriver à ses fins.

Toutefois, il y a tellement de sites qui ont été développés par des employés-bricoleurs et qui ont des problèmes majeurs que tu ne pourras pas me convaincre que c’est possible d’y arriver pour la majorité des entreprises, en voici quelques exemples :

- Ils sont bâtis en Flash (positionnement sur les moteurs de recherche = 0)
- L’organisation de l’information est douteuse et cause de la frustration à l’internaute.
- Le site Web nuit à l’image de marque en raison de son look ou des ses problèmes d’utilisabilité.
- Ils ne respectent pas les normes d’accessibilité.
- Aucune stratégie Web n’a été établie.
- Les contenus ne sont pas adaptés au media.
- etc.

Dans certains contextes, ces bricoleurs peuvent faire quelque chose de bien, mais ce n’est certainement pas dans la majorité des cas.

Dans le même ordre d’idée, si on t’accuse d’un crime, vas-tu te défendre seul en cour ou tu vas engager un avocat? C’est un peu la même chose, rien ne t’oblige à faire affaires avec un avocat, tu es dans ton droit de te défendre seul. Tu me répondras certainement que ça dépend de l’accusation, de la peine possible, du contexte, etc. C’est pas parce qu’on est dans son droit et qu’on a la possibilité de le faire soi-même qu’on est le meilleur pour le faire.

Luc 4 octobre 2007 à 15:48

J’pense pas qu’on va réussir a s’entendre. Donc, ce sera mon dernier commentaire.
Toutefois, j’ai quelques points à préciser :
- mon employeur me paye parce que je suis polyvalent : j’opère une presse, je fais de la préimpression, du graphisme, du web, de la réseautique et de la maintenance informatique.
- je suis d’accord que souvent, les gens qui se croient capable de faire un travail sans que ce soit leur métier et que ca fait de la bouette. Mais au moins, ils ont essayé… et si ca leur satisfait… tant mieux.
Mon point à la base était que ta vision est défaitiste. Tu t’es tourné vers un pro qui va te couter cher. Oui la job sera belle. Mais si tu avais cru en tes moyens juste un peu, tu aurait pu sauver de l’argent, faire un travail respectable pour la revente et en plus tirer de la satisfaction du travail que t’aurais fait.
En passant… j’aurais pu te poser ca des armoires… c’est pas mon métier, mais je suis convaincu que je réussirais… et bien! (et pas cher!!)

Mathieu Ouellet 4 octobre 2007 à 16:03

Ceci dit, je te l’ai déjà dit dans le passé, le site que tu as développé pour ton entreprise a bien du bon sens et ton employeur en a eu amplement pour son argent. ; ) Il faut pas se faire de cachette, tu as un bon background pour faire ça. C’est pas donné à tout le monde.

Olivier 4 octobre 2007 à 22:03

Un site web maintenu et “ajusté” en permanence, petit à petit, par une équipe “résidente” est peut-être souvent une meilleure approche quand le budget le permet.

Richard 23 octobre 2007 à 0:57

@ Luc :
“Mais au moins, ils ont essayé… et si ca leur satisfait… tant mieux.”

Ce n’est pas vraiment tant mieux, car :
- c’est justement parce que tout le monde “essai” que le web est (a été) de la bouette. (je dis à été car avec les nouvelles solutions en place, l’utilisateur est davantage conditionné, … c’est un autre sujet …)

- “tant mieux” … pour qui ? pour le gars qui a économisé, ou pour les clients qui vont voir la surprise du “homemade” un jour ou l’autre ? Quand on fait une job, on se demande pas “ça fais tu mon affaire” … non, on se demande “est-ce que ça va faire l’affaire du client, et de ses client …”.

Si tu fais un truc “homemade” pour toi, ok, go for it. Si tu fais un truc qui incluencera le quotidien de d’autres personnes, telle une vitrine sur le web qui accueillera des visiteurs de partout .. oh, là je crois qu’il faut se pencher sur la question.

En fait, ce qui m’énerve dans tout ça, je vais vous dire, c’est pour ça qu’une tonne de pigistes très hots mangent leurs bas … parce que s’ils se mettent à charger moindrement plus chers vont voir leurs clients trouver une autre solution (soit un autre pigiste qui charge moins cher) ou un amateur qui fait du homemade. Dans le premier cas, le pigiste qui accepte de travailler pas cher, fait aussi parti du problème car il nuît à tous ses confrères en envoyant le signal “notre job ne vaut pas ce prix”.

Moi je dis tant mieux que Mathieu est fait monté ses armoires … il a fait rouler l’économie et s’est assuré que le produit serait de qualité (c’est la priorité). Si ces armoires-là seraient juste pour lui, dans une éventuelle maison, les priorités changent. le temps a moins d’importance et la qualité aussi (un peu).

p.s : je déteste payer pour quelque chose … j’essai tout le temps par moi-même d’abord … mais pour m’avoir fait arracher une seule fois un site web par un “membre-du-c.a-s’improvisant-webmestre-qui-travaille-gratos” … je ne peu qu’épauler Mathieu dans sa démarche.

Luc 23 octobre 2007 à 10:06

Finalement Richard, tu penses comme moi, mais une petite rancune d’avoir perdu un contrat te fait dire autre chose…

Mathieu Ouellet 23 octobre 2007 à 10:24

C’est vrai Luc, on sent qu’une déception d’un contrat perdu a nuancé le discours de Richard.

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