Avertissement: que mes collègues et amis designers me pardonnent pour cet article. Il n’est même pas écrit à chaud mais après plusieurs jours de réflexions. Le contexte dans lequel il faut le lire est celui de sites web dits “B to B�, ou encore de firmes publiques qui souhaitent renforcer leur image auprès d’actionnaires, ou de toute entreprise qui souhaite provoquer un achat non impulsif.
Un livre est-il moins intéressant parce qu’il n’a pas de table des matières, que les numéros de pages sont situés, d’une page à l’autre, à des endroits différents et que les différentes pages du texte sont disposées au hasard, vous laissant deviner quelles constituent le début et quelles la fin?
Non?
Alors pourquoi certains processus de conception de sites web sont-ils encore soumis à d’intéressantes hypothèses du genre “C’est un look différent qui amène le succès d’un siteâ€??
Comme je l’ai déjà mentionné à un client alors que je me battais littéralement devant lui avec un designer survolté, vous devriez surprendre vos invités en mettant la toilette dans le salon. Cela vous éviterait d’avoir à avoir de la substance dans votre conversation en les intriguant. J’avoue que c’était quitte ou double mais j’ai fait valoir mon point. ![]()
Vous voulez VRAIMENT vous différencier? Soyez simplement efficaces. Quelques trucs:
- Innovez dans le contenu, soyez conservateur dans la forme et les fonctions;
- Rédigez un contenu de qualité, court et pertinent et basé sur les besoins de vos visiteurs, non sur les fantasmes corporatifs de votre organisation;
- Rendez ce contenu facilement accessible en simplifiant la navigation et en offrant plusieurs façons d’atteindre le contenu selon différents schémas de navigation (par intérêt, par besoin, par clientèle, etc);
- Offrez des fonctionnalités simples, utiles et qui fonctionnent à tout coup, pas une fois sur deux.
C’est tout? Mais voyons, cela ne peut pas être aussi simple! Et pourtant…
L’immense majorité des sites sont encore bourrés de buzzwords, sont bâtis sur le modèle de l’entreprise et non selon son offre de service, offrent des contenus mal organisés et mal adaptés au web. En répondant à ces critères de base, vous ferez assez facilement partie de l’élite du web sans avoir à essayer de faire “vivre une expérience� à vos utilisateurs. Et en vous simplifiant la vie, vous diminuerez les risques de vous planter.
Cela ne revient pas à dire que tous les sites web devraient se ressembler. Les éléments fonctionnels d’un site, devraient respecter les standards de facto qui existent. Le contenu, lui, même s’il doit être offert de la façon la plus utilisable et accessible possible, peut receler énormément de créativité.
Un bon interface est un interface qu’on oublie, qui laisse toute la place au contenu. Dans certains rares cas, le contenu peut être l’interface. Je pense à des sites expérimentaux, à des sites dans le domaine des arts et du divertissement et qui visent à distraire et créer une émotion plutôt qu’à renseigner.
Dernière recommandation: Trouvez un vrai, un bon, un excellent designer web. Un de ceux qui sont habitués de travailler avec des contraintes de contenus, d’ergonomie et d’architecture de l’information. Oui, ça existe et ils réussissent malgré tout à rester créatifs et à produire, au-delà d’un look surprenant, un look qui fonctionne en accord avec l’utilisabilité et l’accessibilité.
J’ai quelques bonnes adresses si vous en cherchez un.


Ha ! Enfin quelqu’un qui a compris ;oD
Sérieusement si tu (je me permets le tu) peux me fournir des adresses, je serais peut-être interessé.
En passant et si tu as le temps, pourrais tu me donner ton avis sur le mien de site ?
Pseudo trackback : Michael Charpentier nous gâte avec 2 billets dignes de lecture à mon avis : “Beau = différent ?” et “Votre organigramme n’interesse que vous !”.
Bonjour,
>Un bon interface est un interface qu’on publie
J’imagine qu’un p a pris la place d’un o
Je suis entièrement d’accord !
Un interface n’est qu’un outil, un support… il n’a aucun intérêt en soi (sauf si le but est d’en montrer les usages) mais prend toute son importance quand il est bien adapté au contenu présenté.
Cela me fait penser à une bonne bière qui doit être servie dans le verre adéquat… ce même verre vide n’aura d’intérêt que pour les collectionneurs
Amicalement,
Monique
Je ne suis pas entièrement d’accord. Bien qu’il soit tout à fait vrai que le contenu est roi et maître, que l’utilisabilité et l’accessibilité doivent être au centre des préoccupations du designer, j’en ai un peu ma claque d’entendre parler du less is more et de toute cette boulechite qui vise à minimiser l’impact d’un design attrayant et dynamique. Même dans le cas d’un site B to B, une conception graphique inusitée mais de bon goût a tout à fait sa place, et peut même optimiser la livraison du message. On ne consulte pas un site Web dans les mêmes dispositions que lorsqu’on lit un bouquin. À chaque médium son contexte et ses règles. Je lis partout depuis quelque temps combien le nouveau design de A List Apart est fantastique. Merde! Trois colonnes sur fond blanc et un logo! Où est le génie là dedans? Je suis en train de retravailler le design de mon blogue et ce sera trois colonnes sur fond blanc avec un logo; pas parce que j’adore ça, mais bien parce que je ne suis pas designer et que je suis incapable de faire mieux!
Bullshit mon oeil…

Honnêtement, je préférais l’ancien design de Burp. Mais cela n’a AUCUNE influence sur mes habitudes de lecture. Si tu avais changé la nature de ton contenu par contre, ça aurait eu un impact direct. Je suis certain que ton nouveau design sera très joli, tellement en fait que je risque de ne pas le voir pour sauter tout de suite à la lecture de tes textes qui sont très intéressants. Normal me diras-tu, je suis avant tout créateur de contenu et non designer. Et c’est pour ça que je vais si souvent sur ton site.
Less is more? En effet. Qu’on m’enlève des pattes toutes les supposées “expériences” qu’on veut me faire vivre et qu’on me livre un message, un vrai, sans essayer de cacher le vide par du beau. Ce sera un bon début.
Ensuite, si en plus on peut faire beau ET intéressant, j’applaudirai.
Faut pas polariser le débat: un site PEUT et DEVRAIT être intéressant ET beau. Mais il doit d’abord être intéressant. Il suffit seulement de choisir ce qui prime sur quoi, pas d’empêcher l’un pour l’autre.
Malheureusement, il y a trop de boîtes qui n’ont que du look à proposer parce que les contenus les rendent nerveux. Proposer à un client de se concentrer sur l’essentiel, c’est parfois lui dire qu’on va lui facturer moins d’heures. C’est pas tout le monde qui est capable de dealer avec ça, surtout quand on a un important “payroll” à la clé.
Où est le génie dans “3 colonnes et un logo”? Probablement au même endroit que le génie dans les pub de Benetton, ou de l’avant-dernière campagne d’affichage de McDo: une idée toute simple qui fait passer un message clairement. Depuis quand le génie s’évalue-t-il au poids des éléments? Le baroque est un peu dépassé pour le web je crois…
Le génie dans “3 colonnes et un logo”, c’est de laisser la place au contenu parce que dans le cas de “A list apart”, tout le monde se fout du look. On veut qu’il soit léger, élégant, ok. Mais pas “épatant” parce qu’on va sur ce site pour lire et chercher de l’information. Je ne pense pas que ce design soit applicable à , disons, la vente de voitures en ligne, où l’image de la marque et le produit doivent être mis de l’avant.
À chaque médium son contexte et ses règles? Exactement. Quand un acheteur professionnel (B to B) consulte un site sur un écran 800×600, sans speakers et dans un cubicule qui est juste à côté de son directeur de division, il n’a ni le temps, ni l’envie de “vivre une expérience”. Il veut trouver ce qu’il cherche, et sortir. On veut le surprendre? Soit. Rendons-lui la vie facile, ce sera plutôt surprenant dans l’environnement actuel.
On créé un site pour une troupe de danse moderne? Alors là , énervons notre cerveau artistique. Lâchons-nous lousse dans le flash, les interfaces cryptiques et l’émerveillement. C’est l’endroit, et le style. Mais puisque mes clients mesurent leurs résultats en chiffres et non en émotions, je préfère leur livrer des résultats plutôt qu’une “expérience”. Ainsi, ils peuvent passer plus de temps dehors à profiter de la vie (où ils peuvent choisir les “expériences” de leur goût en résolution supérieure à 1024×768) plutôt qu’à se demander où est passé la colonne “Résultats” dans leur bilan.
Dernier point: j’adore cette discussion. Ça faisait longtemps que ce site végétait, vacances et retour de vacances oblige. C’est un bon départ pour l’automne.
Tabarnouche… J’ai l’impression que l’on tient les mêmes propos mais pas au même niveau. Alors voilà les rectifications:
Le qualificatif “boulechite” ne s’adressait pas nécessairement à toi. Je m’en prend aux puristes qui rêvent un jour de voir un site en Arial 12 points sur fond blanc sans mise en page, qui va fonctionner sur toutes les versions des 158 browsers sur le marché, et qui pourra être navigué par Walt Disney trois minutes après sa décongelation. Ce genre d’extrémisme m’hérisse le poil. Si tu t’inclus dans ce groupe, ce dont je doute, ben euh… désolé? ;o)
Moi aussi je préférais l’ancien design de Burp. C’est pourquoi je me suis remis rapidement au travail de ce côté. Ironiquement, je me fous un peu du design de mon site car il s’agit d’un blog, et les gens se foutent du design des blogs en général. Mais je peux te dire que si j’avais le design dans le sang, j’irais à fond la caisse!
Non, je ne parle aucunement de faire vivre une “expérience” aux utilisateurs avec tout le négatif que cette expression comporte. Je l’entend une fois de temps en temps à mon lieu de travail et à chaque fois mon intestin gazouille. Tout ce que je dis, c’est qu’un design innovateur et attrayant peut, s’il est appliqué intelligemment, rehausser le message et le contenu d’un site. Et c’est aussi vrai dans le B to B. Pourquoi pensez-vous que les entreprises investissent des dizaine, voir des centaines de milliers de dollars dans le développement de la section “Relations avec les investisseurs” de leur site?
Il y a des boîtes qui n’ont que du look à vendre. Tu as raison. C’est parce que trop de boîtes aujourd’hui s’imaginent qu’ils peuvent faire du Web et du bon. Le Web est un médium complexe au même titre que tous les autres moyens de communication de masse. Il y en a malheureusement plusieurs qui ne le réalisent pas encore.
Pas d’accord avec toi pour ALA. Dans leur cas, on peut parler d’un design “clean” et “clair” sans toutefois crier au génie comme je l’ai lu à plusieurs endroits lors de la nouvelle mise en ligne. Je l’ai dit, c’est l’extrémisme qui m’horripile.
Bref, sans être nécessairement l’apôtre des feux d’artifice en ligne, je maintiens que de pousser le design un peu plus loin ne peut qu’être bénéfique à tout site Internet. On s’entend au moins là dessus j’espère! Je ne parle pas d’un site 1600 X 1200 entièrement en Flash avec une intro de 38 secondes!
Bon, j’arrête. J’ai l’impression de passer plus de temps sur ton blog que le mien! En passant, bravo pour tes articles. Ils sont toujours intéressants… que l’on soit d’accord ou pas! ;o)
Ben voilà !
Je suis aussi d’accord pour dire que le graphisme rehausse le message. Pas qu’il doit le précéder, ni le déterminer. C’est ça qui m’horripile dans mon cas, d’entendre des agences parler “d’expérience”, du “facteur WOW” sans jamais parler de substance, de résultats et d’utilisabilité, et de placer leurs priorités en conséquences.
Pour ce qui est des sections de relations avec les investisseurs, il y a effectivement beaucoup d’entreprises qui flambent leur argent pour le look. La recette est simple, éprouvée et appuyée par de nombreux sondages et études auprès des anaylstes et investisseurs institutionnels (soit 80% de la masse financière):
Pas de flash et autres gadgets;
Pour le rapport annuel en ligne: Un pdf léger, sans graphisme couleur, adapté à l’impression au bureau/domicile de l’internaute, qui ne videra pas sa cartouche d’encre en trois pages;
Une section du rapport annuel: une page html avec les faits saillants ET un pdf de la section correspondante (adapté au web, comme cité plus haut);
Des CHIFFRES, pas de bullshit! Et téléchargeables en format Excel de surcroît, pas inclus dans une image;
Le message annuel de la direction, incluant les objectifs, explications, etc. Avec un CSS d’impression, évidemment, puisque cette partie est généralement longue.
C’est tout. Et c’est appuyé par des spécialistes du domaine qui ne font que ça, et le font très bien.Des études auprès d’analystes qui passent leur vie à lire des sections de relations avec les investisseurs en ligne (et en ont marre des “expériences”) ou des institutions de placement. Des gens qui savent ce qu’ils veulent quoi.
Comment une entreprise peut dépenser plus de 100000$ pour ça? Soit en développant un contenu d’extrême qualité, soit en se faisant arnaquer, ce qui arrive régulièrement. Un beau trip d’égo pour les administrateurs en général, qui se flattent de cela, au dépens des finances de l’entreprise. Le genre de truc qu’un investisseur institutionnel n’achète justement pas.
Sur ce, merci pour les nombreux commentaires. C’est très stimulant de brasser des idées!
Bravo pour ce billet. Moi aussi je fais un simili-trackback :
De l’art de se différencier par le contenu et l’usabilité
/Fred
Idem pour le trackback : http://www.amomenti.com/dc/index.php/2005/09/19/64-de-l-importance-du-design